La conquête du GRAAL ...

JUIN 2011, LE GRAAL
Fin  avril 2011 :
« Allo, Benjamin Beaume, bonjour.
« Bonjour, j’ai eu votre numéro par Josselin, le podologue de Beaumont. Il m’a dit que vous étiez coach sportif. Je cherche quelqu’un pour m’entrainer en vue du grand raid du Morbihan. Mais je vous préviens, je ne suis ni une formule 1, ni un perdreau de l’année. »

Le 1er rendez vous a été fixé très vite. Benjamin est sorti de sa voiture. Un avion de Chasse. Très beau palmarès, 1er au Vulcain 2011. (Entre autres).
 Que même sans rendez-vous je n’aurai jamais eu l’idée sotte et grenue d’oser l’aborder.
La rencontre improbable mais mûrement réfléchie. Je n’avais pas le choix si je voulais mon Graal. Je m’avais plus le droit à l’amateurisme. Je sentais bien que mes entrainements, c’était du n’importe quoi, au pif.
Avant de rencontrer physiquement Benjamin, je lui ai juste envoyé mon Cr du 1er Morbihan afin qu’il voit qu’il n’avait pas affaire à une « taffiole ».

Quand je lui ai dit que je sortais des 100 km de  Belves le 16 avril et que je voulais faire les 24 hrs de Peynier le 28 mai, j’ai bien senti qu’il n’était pas trop d’accord mais il a eu l’intelligence d’intégrer ça dans notre programme.
Quel programme : des trucs que j’avais lus dans les bouquins spécialisés du style VMA, PPG, séances au seuil, avec des multiplications et des 10 fois machin-truc/ seconde et tout et tout.

3 fois par semaine, avec des « devoirs à faire à la maison » (elliptique, sortie rando course). Sans compter le régime. Oubliés l’apéro, le fromage, la clope, le café.

Je pense qu’il pourra dire que je n’ai pas rigolé. Je me suis donnée  à fond. C’était comme aller à l’école que de me rendre à nos rendez-vous. Quand je le voyais courir à  côté de moi, je me disais « quand même tu ne t’emmerdes pas »…

Les semaines sont passées, très vite et Benjamin m’a lâchée pour Peynier, avec pour consigne : tu dois être première féminine et tu dois dépasser 130 kms.
J’ai fait première féminine et j’ai dépassé les 130. Non mais.

Trois jours après Peynier on reprenait l’entrainement. Sur la fatigue. Dés fois, quand il caracolait à côté de moi, toute transpirante, en me disant, allez Anne Marie, c’est bien, j’avais envie de le tuer !!! Et même quand il m’a appelée Nanou, j’avais toujours envie de le tuer !

Le mercredi 23 juin est arrivé et Benjamin a lâché son Poulain (enfin, sa PERCHERONNE) en lui prodiguant les derniers conseils. Il m’a dit qu’il croyait en moi, que j’avais fait des gros progrès, que j’avais toutes les chances de réussir et même de taper les 35-37 heures. J’ai eu un serrement de cœur quand je l’ai quitté. Mais je n’ai rien dit. C’était le moment.

Vendredi 25
Je fais la queue pour mon dossard.Enfin on me le remet en main. Je m’éloigne un peu et le sort de l’enveloppe. Je le tiens et je me jure que personne ne me le reprendra ce coup ci. Je me mets à pleurer, très intensément. Ces larmes lavent la honte d’il y a deux ans. ENFIN. Jusqu’au moment du départ je suis extrêmement tendue.
18h58. Les chevaux sont lâchés. YAPUKA.

Le reste :
-    le début de course en courant pour  gagner les précieuses heures d’avance qui me serviront par la suite.
-    Le plaisir de courir avec Domi, Rémi, un peu Frantz
-    le stress qui s’en va parce que MA BAGARRE a commencé.
-    la nuit qui est tombée et le ravito de Sené où Domi arrête.
-    le putain de gymnase de Noyalo où on m’a arrêté il y a deux ans. Je vais m’y reposer un peu et repartir en tenant bien fort mon dossard en sortant « tu ne me l’as pas piqué mon dossard, cette fois ci. »
-    le jour qui se lève et la moyenne qui tombe mais se maintient quand même. Je devrais arriver à prendre le zodiac en tout début d’aprèm.
-    l’envie de gerber et déjà l’impossibilité de manger
-    la retrouvaille à Port Nezé avec Domi qui a la gentillesse de nous suivre ainsi qu’Anne une amie de Rémi, une fan de la Famillau, impressionnante de disponibilité et de gentillesse. Une recrue de choix dans la Famillau. L’abandon de Sylvain, les genoux en vrac.
-    L’appel à Benjamin et ses encouragements.
-    Les coups de fil du CHEFFFF. Les news de Rémi, Eric qui en bavent. Frantz, Cissou, Yoyo, Frantz qui turbinent comme des pros.
-    Stéphane et Chantal sur une autre planête. Des champions.
-    Une super gamelle avec un coude en vrac. M’en fout.
-    La traversée en Zodiac après le tour de la ville dont je me serai très volontiers passée.
-    Le repos à Locamariaquer où j’arrive même à manger une assiette de purée jambon.
-    La question à Domi : est-ce que je prends le risque d’ingurgiter  le guarana Shoot à la taurine, que j’ai acheté à Running Shop. Autrement dit :  du jus de couille de taureau. A priori je pense que ça ne passera. Je diffère à plus tard.
-    La fin de l’après midi du samedi où j’ai un gros coup de calcaire. J’appelle Benjamin au secours. Il me conseille de dormir impérativement pour assurer l’arrivée. «  Le temps, on sent fout. » (Oui mon gars, mais impérativement, c’est pas tout de suite. Je suis à Auray, il y a encore 20 kms à faire pour atteindre LAMORBANDEN.) J’ai encore de l’avance. Je stresse un maximum. Je me sens presque comme il y a deux ans quand je suis partie en sucette. « sauf que là ma grande, tu as trois heures d’avance sur le timing, tu SAIS, tu VEUX. Donc tu la fermes et tu avances. Il faut juste avancer au minimum à 5 l’heure, pendant…  4 heures ». Loulou l’a dit dans un sms : c’est la dernière ligne droite. Doudou m’a envoyé un message d’encouragement…
-    23H37. Enfin je suis à LARMOR BADEN. Il ne me reste QUE 40 bornes. Comme il y a deux ans. Sauf qu’aujourd’hui c’est moi qui commande. Je suis lucide. Je n’ai pas d’hallucinations. J’ai juste cru voir la maison d’Hansel et Grettel en pain d’épice et en bonbons dans un village. Mais la sucette, en fait, c’était un parasol rouge…
Samedi  23h37 LAMORBADEN . Je vais me faire soigner les pieds qui sont en surchauffe totale. Par contre je tremble comme une feuille. Le podo me demande d’aller voir les toubibs car il me trouve très blanche. T’as raison Albert, pour qu’ils m’interdisent de repartir. C’est juste un peu de fatigue. Ca va revenir Je vais manger un peu de purée,  dormir une heure. Des lits et des couvertures sont à disposition à la belle étoile. Je dors une vingtaine de minutes mais je n’arrive pas à plus. Je retrouve Vivi qui « dîne ». Elle va bien. Je repars. Vivi ne tarde pas à me doubler.
-    Il doit être 1h30. J’ai quitté le dernier ravito avec barrière horaire. Je n’arriverai pas à faire moins de 37 heures mais je vais assurer l’arrivée. J’ai l’impression que je rentre à la maison. Je sors mon mp3 : Bretonne de Nolwen Leroy. La nuit est magnifiquement douce.
-    Le jour s’est levé. Les kilomètres descendent. Je vais y arriver. Je chemine tantôt avec un groupe, tantôt seule. Oublié le cauchemar d’il y a deux ans.
-    Dans la matinée, il reste 12 km. Je suis avec un monsieur assez âgé qui n’en peut plus. Je le pense en danger et lui propose de rester avec lui. Il regarde son garmin et me dit « en marchant à 3,5 km nous devrions être rendu vers 12h30, 12h45. »
Nooonnnnnnnnnnnn. Le cauchemar de l’horaire. Je ne peux pas le laisser là mais je n’ai pas envie de pulvériser ma course. Il m’avoue que son fils est à deux km plus en avant mais qu’il ne veut pas qu’il l’attente afin de ne pas le pénaliser dans sa course.
P….n. Et moi alors. Heureusement, il y a un bon Dieu. Nous arrivons à une route, sa femme est là. Je le laisse sur place et file bon train. J’ai bien perdu une demi-heure.
Puis, l’arrivée sur Vannes. Mon extrême lucidité. Un monsieur, adorable m’accompagne jusqu’à la dernière ligne droite où m’attendent Rémi et Domi qui me prennent par la main.

J’ai réussi. J’ai mon teeshirt.
C’est tout. C’est fini. Déjà et enfin. Drôle d’impression.

Les sourires et l’amour de la Famillau. L’émotion de voir les visages de Stéphane et Chantal. D’avoir l’honneur de leurs félicitations.

C’est quoi le GRAAL dans tout ça ?
Le Graal c’est l’odeur du goémon, le cliquetis des bateaux, les milliers d’étoiles,le parfum  des fougères et les silhouettes torturées des arbres dans la nuit. Le Graal, c’est le soleil que l’on voit poindre dés 4h30 par le rose dans le ciel noir , c’est la lune rousse qui se reflète dans la mer d’encre. Le Graal,  c’est la fatigue des heures sans sommeil, c’est la douleur du corps qui crie et que l’on commande.

Le GRAAL c’est une plume que nous laisse le PHENIX sous la forme d’un teeshirt. « J’ai vaincu les 177 km »,
Le GRAAL c’est aussi un sms de mon ado de fille : bravo maman, je t’aime.
Le GRAAL c’est d’avoir gagné avec la Famillau le premier challenge par équipe.

Merci aux organisateurs et à tous les bénévoles de m’avoir fait connaître une si grande émotion.

Mon âme est encore dans le Golfe. Je n’ai pas envie de la faire revenir. Pas tout de suite….

FAMILLAU, JE VOUS AIME.
BENJAMIN, MERCI…

 

Le 13 janvier 2012

Commentaires (2 commentaires)

1. par Laurent Le 28 janvier 2012 à 22:26

Deux seuls mots : merci et Bravo !

2. par cebulski Le 07 février 2012 à 08:37

merci pour cette belle lecture, cette année c'est moi qui vais etre au depart de ce beau grand raid en esperant voir mon GRAAL "la ligne d'arrivée"......

et encore felicitations a la finisheuse

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