"Je préfère tailler la route et éviter les obstacles", le 87km de Fabrice

Samedi 29 juin 2013

Après un réveil vers 9h, la matinée a été consacrée aux dernières touches concernant le paquetage à emporter pour le Raid du Golfe puis, après le repas pris à midi, je suis parti pour rejoindre Vannes (1h15’ de route + 15’ pour trouver une place de stationnement). Ensuite je suis allé récupérer mon dossard, la puce et le carton plastifié de pointage pour les différents postes de contrôle. Je suis retourné chercher une place de stationnement afin d’être tranquille, jusqu’à ce que je la retrouve facilement dimanche dans la nuit si tout allait bien. Tous ces préparatifs m’ont pris plus d’une heure et peu avant 15h je pouvais monter dans la navette pour rallier Locmariaquer, site du départ de ma course. 30 minutes de route et je suis descendu du car pour me rendre sur le stade où j’ai découvert une foule importante : c’étaient tous mes collègues, coureurs engagés sur le Raid, 1000 personnes environ auxquelles il fallait ajouter les accompagnateurs ou supporters. Plus d’une heure à tuer et j’en ai profité pour manger mon gâteau de riz, refaire le point une dernière fois concernant mon sac de course et me mettre de la crème protectrice pour ne pas avoir à le regretter lorsque je prendrai ma douche une fois le Raid terminé. Les dernières minutes furent longues et je rencontrais quelques coureurs de mes connaissances, dont Paskal qui est un habitué de cette épreuve (8ème sur le Grand Raid l’année précédente).

Le départ

Le compte à rebours est lancé, une musique entraînante dont j’ignore le titre nous met dans l’ambiance puis, c’est le coup de corne de brume qui nous libère tous. Le départ est comme d’habitude, dès que le nombre de coureurs est important, c'est-à-dire avec un début à la marche puis de la course saccadée entre deux ralentissements et une fois sur une portion plus large, il m’est enfin possible de trouver un rythme de début de Raid conforme à ce que j’avais programmé (10km/h). Le sac à dos peu à peu se cale et je pense aux frottements qu’il va m’occasionner, alors de temps à autres, je le réajuste. Il faut dire qu’avec 1,5l d’eau dans la poche à eau plus une bouteille de 50cl dans le sac et une autre de 50cl à la main, tout ça ajouté au matériel obligatoire (frontale, élasto, réserve alimentaire, etc) ça fait du poids à transporter. La route, puis les chemins et des portions étroites nous font aussi zigzaguer entre les maisons, sur le bord de la côte, c’est très sympa, très joli, et le public nombreux qui nous encourage, tout me donne l’impression que ce Raid va être une belle fête, en tout cas au moins pour les premières heures, quand la fatigue ne sera pas encore installée.

Mon GPS me confirme que je suis passé au-dessus de 10km/h, mais je me sens bien et les gars avec qui je navigue semblent eux-aussi se plaire à cette allure. Nous taillons la route, et surtout les chemins, parfois entre deux haies très étroites, jusqu’au premier poste de pointage, à Crac’h, au km 15 passé en 1h30’, là où on note nos numéros de dossards. Un point d’eau me permet de remettre de l’eau dans ma bouteille, ce qui s’avère une bonne idée sachant que je ne veux pas toucher trop rapidement à ma poche à eau. Il fait beau et le soleil commence à nous taper dessus dans les portions du circuit non ombragées. C’est enfin l’été et les gens en week-end vont pouvoir enfin en profiter.

Le passage à Auray permet d’apercevoir les coureurs qui sont devant, on les « croise » sur la rive droite de la rivière d’Auray alors qu’ils sont déjà sur l’autre rive. On est au km 25 que je passe en 2h32’ avec un poste de ravitaillement plus important proposant un grand choix de produits alimentaires (gâteaux sucrés, salés, morceaux de fruits, boissons gazeuses ou eau plate…). Je reprends ma course après avoir pris tout mon temps et quelques photos que j’ai aussitôt postées sur FB. Ma famille étant restée sur Nantes, je tiens à la tenir au courant de ma progression. Régulièrement sur le parcours, je suis encouragé par Ronan, un rezéen comme moi dont l’amie Cathy fait aussi le Raid. Lui, il a préféré renoncer avant le départ afin de conserver toutes ses chances de faire en août une belle Transe Gaule où je suis aussi inscrit comme à toutes les éditions depuis 2005. Ronan je le reverrai régulièrement sur le parcours et à chaque fois ça rebooste.

Ce passage marque un tournant dans ma course. Jusqu’alors, la chevauchée avait été tranquille sans véritable difficultés, mais là progressivement, le parcours va devenir de plus en plus technique et pour moi de plus en plus compliqué. Les « bouffe-bitume » comme moi sont un peu dépaysés quand il leur faut affronter les terrains inconnus ou très peu fréquentés. Ma vitesse de croisière baisse donc mais je ne m’en fais pas, tous les voyants sont au vert et je me prends à apprécier d’effectuer quelques dizaines de mètres en marchant. Depuis le départ, je faisais une pause marchée d’une vingtaine de secondes tous les quarts d’heure afin de boire et de récupérer un peu. Là, je ne fais plus systématiquement de la marche, ça vient comme je le sens ou ressens. Nous continuons de dépasser des coureurs partis la veille pour le Grand Raid en les encourageant, sachant qu’ils ont déjà passé une nuit sur le parcours et que la seconde va être très compliquée pour eux. La plupart ont des bâtons de marche tandis que sur le Raid, je n’ai pas encore vu de coureur les utiliser.

Je passe au Bono, d’abord sur le pont puis sur le port, une nouvelle photo pour envoyer aux amis, puis le chemin d’abord facile et large et ensuite assez boueux. Nous sommes en fond d’une baie et c’est très humide. En faisant attention à ne pas me tremper et salir les chaussures, j’évite ces zones quitte à les passer en marchant et m’accrochant aux branches. Nouveau poste de ravitaillement, uniquement en eau, à Baden, km 40 en 4h15’, et c’est un peu plus loin que des gens m’ont proposé une gorgée de bière fraîche qui m’a fait du bien, cassant la monotonie de l’eau et des gels énergétiques.

Larmor Baden, marque la fin de la seconde étape de ce raid, étapes que je me suis mentalement programmées afin de gérer mon trail du mieux qui soit. Km 48 à mon GPS (un peu moins officiellement 46,8) que je passe en 5h36’. Le poste de ravitaillement propose de tout et je mange une purée au gruyère avec du jambon blanc ainsi qu’un peu de riz au lait. je m’assois, prends mon temps car il faut ensuite se mettre en configuration nuit. Une seconde partie qui sera de la découverte totale pour moi, plus habitué à partir de nuit qu’à finir de nuit.

La reprise de la course nous met tout de suite dans l’ambiance : il fait noir, les balises sont visibles avec les frontales car réfléchissantes, mais il va falloir se méfier des racines et autres rochers qui n’apparaissent plus en relief avec la lumière de la lampe. Redoublons de vigilance !

Je me retrouve seul plus souvent qu’avant sans doute parce que certains sont déjà repartis et d’autres ont préféré rester un peu plus longtemps se reposer. Mais je préfère autant car de courir sur des sentiers monotrace avec quelqu’un devant, ou derrière, ça ne permet pas de se décontracter. Les marcheurs, enfin les coureurs du Grand Raid mais ils ne marchent plus, sont faciles à repérer avec les bandes réfléchissantes qu’ils ont sur leur tenue et de loin on aperçoit des sortes de squelettes qu’on rattrape bien assez vite et qui heureusement vous laissent une petite place pour les dépasser. Quant aux coureurs qui me rattrapent et qui me suivent quelques mètres, je leur laisse au bout d’un moment la porte pour qu’ils me passent devant, et là, c’est drôle, mais certains préfèrent rester derrière profitant de mes talents d’ouvreur de route. Mais mauvais choix pour quelques uns dont j’entends parfois les cris ou les bruits de chutes, heureusement la plupart du temps sans gravité. Je me renseigne quand même pour savoir si ça va et s’ils ont besoin d’aide. Donc, je préfère tailler la route et anticiper les obstacles. A ce moment de la course, ils sont fréquents à tel point que je me crois comme dans un jeu vidéo, mais avec l’interdiction de faire une sortie de route qui serait éliminatoire. Les virages se succèdent, les montées, les descentes, les racines, les rochers… la totale quoi ! Et pas question de gagner des points de bonus ou des vies supplémentaires ! Quelques moments de répit quand une partie sur route se présente, ça permet de marcher et de se ravitailler en n’étant pas sur le qui-vive. Le balisage est tellement bien fait et si visible à l’avance que celui qui se trompe doit vraiment manquer de lucidité. Néanmoins avec deux autres raiders on en a sauvé deux qui avaient pris le mauvais côté d’une bifurcation. On vient de passer de samedi à dimanche.

Dimanche 30 juin. Plus de 7h de course.

Passage au Moustoir, avant Arradon, en 7h38’ pour 61km environ. Ravitaillement en boisson et prise de quelques aliments solides : arrêt de 8’. Je ne tarde pas parce que les bancs sont les bienvenus et peuvent donner envie d’y rester plus longtemps. Mais à ce moment, il reste 25km environ et je n’ai pas envie de trop perdre de temps car j’ai comme objectif de ne pas mettre 12h pour cette épreuve. Je dois coacher mes jeunes ce matin à partir de 10h sur leur dernière compétition de la saison (Jeux de l’Atlantique Poussins, Benjamins et Minimes) à Nantes. Donc si je veux avoir le temps de prendre une douche, de dormir un peu et d’être à l’heure au stade, j’ai intérêt à ne plus perdre de minutes inutilement d’autant que j’ai encore des jambes en état et que je ne ressens pas encore trop vivement la fatigue. Je me remets en mode « 24 heures » ce qui me permet d’avancer à un bon rythme de manière régulière, alternant course et marche selon les difficultés rencontrées.

Je suis stoppé dans ma course quand, au détour d’un passage sur une plage, la marée pas encore totalement descendue recouvre le parcours. Obligé de déchausser si je veux continuer la course sans soucis d’ampoules. J’ai prévu les sacs poubelle pour qu’ils me servent de protection, mais les coquillages et les cailloux me les percent, alors j’ai les chaussettes trempées. Une fois les 50 ou 100m dans l’eau franchis, je m’assois et essore mes chaussettes puis j’enfile mes chaussures pour repartir. J’espère que le reste du parcours ne proposera plus de zones inondées. Je reconnais toute cette portion pour y être venu en 2009 en vacances juste après la TransEurope. Mes souvenirs sont intacts mais je n’avais pas fréquenté ces endroits de nuit, alors méfiance quand même. Je me souviens que nous remontons sur la route avant d’atteindre le lieu du dernier ravitaillement qui est situé à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée. Recharge en boissons, un peu de solide et après moins de 5’ d’arrêt je repars. La portion de parcours qui vient donne juste en face de la presqu’île de Conleau, mais je suis trop concentré sur les pièges du sol que je ne peux admirer les lumières ni voir les autres coureurs avec leurs frontales qui sont déjà là-bas. C’est vrai que c’est très technique ici : murette étroite à suivre avec de gros rochers à franchir, escaliers pour retrouver le haut de la falaise, bosses, virages secs, troncs bas, racines énormes… Tout plein de pièges, mais je ne tomberai pas dedans. Rester lucide et tous les sens en éveil, c’est mon leitmotiv avant de rejoindre la dernière partie de la course qui sera moins difficile, en théorie. Mais que c’est long, surtout quand on lève la tête et qu’on aperçoit les autres coureurs sur la partie de la baies, en face, peut-être à 5’ mais aussi peut-être plus loin encore. C’est interminable avant d’atteindre l’entrée de Vannes, son bord de route et ses lampadaires. Je reconnais le parcours du Marathon de Vannes, qu’on fait dans l’autre sens d’habitude, alors je me dis qu’il ne reste plus grand-chose. Hélas, comme ma vitesse est moindre que sur le marathon, il faudra compter beaucoup plus de temps pour atteindre l’arrivée d’autant plus qu’on passe entièrement autour de la presqu’île. En face, je vois les lumières des frontales des autres concurrents qui sont là où j’étais il y a une heure peut-être. Je n’ai plus trop la notion du temps, mais je sais que je tiens le bon bout. Dernier poste de pointage, puis Ronan m’encourage une dernière fois et je file vers la pointe des immigrés avant de longer l’entrée du Port de Vannes. C’est long ! Mais ça vient, j’aperçois des coureurs qui n’avancent plus, je les encourage et continue ma course.

Je passe sous l’arche d’arrivée en 11h11mn46s et je ne sais pas encore que je suis dans les 200 premiers, je pense que je suis dans la seconde partie du peloton au-delà de la 500ème place. Je ne le saurai qu’en consultant les résultats le soir.

L’après-course

Je vais récupérer mon T-shirt de finisher et essaie d’aller manger, mais je n’ai pas envie de ce qui est proposé. Donc je file à la voiture et vais me garer au stade situé à … 50m d’où j’étais stationné. Quel ballot ! La douche est bonne et une fois habillé, je vois qu’il est déjà plus de 5h. Je ne suis pas fatigué, en tout cas pas au niveau du sommeil. Je décide donc de prendre la route et de rentrer à Rezé pour dormir.....

Fabrice Viaud

http://premiereetoile.over-blog.com/cr-du-raid-du-golfe-2013-86km


 

 

Le 16 novembre 2013

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