L'enfer du Golfe : Enfin... pas trop et c' est si bon !

Alain Huart, de Nantes: Le Grand Raid de 177km.

Inscrit sur le 87km, en 2012, pour la 3ème fois

Ambiance plantée dès l' arrivée en voiture sur Vannes ce vendredi après-midi avec le titre accroche des journaux locaux: l'enfer du Golfe. Ah, ces journalistes!

1ère partie: le tourisme en courant
Le ciel est bleu pommelé, la température douce et le stress pour une fois ne m' assaille pas trop.
Mais comme tout débutant sur la distance, les interrogations se posent malgré tout:

l' entrainement a t' il été suffisant ou excessif, quelle sera la 1ère zone de mon corps à déclarer forfait et surtout comment pourrais-je gérer le manque de sommeil pour moi qui suis plutôt tendance "marmotte".
Bien dynamisés par le Bagad local avec ses binious, nous nous sommes élancés pour cette petite balade touristique en terre bretonne et ... découpée ....si découpée que çà en donne le tournis et fait perdre rapidement tout sens de l' orientation!!!!
Comme lors de mes footings et de mes courses longues, je démarre tout doux avec 1'30 de trotinette et 30 secondes de marche durant 1/4 d' heure avec quelques arrêts photo pour aggraver mon cas: la queue du long serpentin des plus de 500 coureurs n' est pas loin quand je commence à prendre mon allure de croisière.
Et là, je retrouve Jean-Yves et Muriel, meneur d' allure 13h30 à Millau en 2009 avec son accompagnatrice vélo. Ils avaient été là-bas mes bouées de sauvetage car je m' étais retrouvé seul avec eux dans les 30 derniers km après la côte de Tiergues, à un moment ou le moral et le physique commencent à bien flancher et ils m' avaient aidé à arriver au bout. Décidemment, que le monde de l' ultra est petit et ... des bouées de sauvetage dans le Golfe, çà risquait de plus servir qu'à Millau.
Ainsi formé, ce trio se forme et se déforme au gré de mes arrêts photos jusqu'à la nuit puis en fonction de l' état de forme de chacun.
1ère soirée déjà magique avec la lumière de fin de jour jusqu' à 23h et toujours ce mélange de terres, de vasières et de bras de mer entremélés . Tout aussi magique comme à l' habitude, le serpentin qui s' allume des petites lucioles pédestres dans la nuit juste de l' autre côté de l' anse ou..... à plus de 3-4 km suivant la profondeur de la crique. En plus, cette année, pas de pleine lune comme l'année dernière, ou la montée du globe orangé au dessus des flots à la mi-course du 86 km vers Larmor-Baden, m' avait laissé un souvenir extraordinaire. A la place, au menu, ce sera simplement pour le citadin que je suis et qui n' en a plus trop l' habitude, étoiles multiples à déguster éventuellement frontale éteinte, sur une portion de route goudronnée avant le ravitaillement de Port Nèze.
Au chapitre des ravitaillements, même si ceux çi sont toujours bien fournis et particulièrement accueillants grâce aux bénévoles, certains de ces derniers sont aussi parfois responsables de coups au moral quand ils annoncent un ravitaillement à 2km qui s' avérera être souvent plutôt 4-5 km: amusant au début, celà devient, quand la fatigue s' installe vraiment, assez déstabilisant.
1ère nuit qui s' achève avec au petit jour un bilan qui reste bon, sans douleur tendineuse ou articulaire qui m' avaient inquiété les premières heures de course, ni vol plané grâce aux racines ou trous le long du sentier côtier comme il y a 2 ans: à la place, à force de me concentrer sur le sol , j'ai oublié que le danger pouvait aussi venir d' en haut, la seule branche un peu basse du parcours a été pour moi. Heureusement, la casquette a servi d' amortisseur et je n' étais à ce moment là qu'en marche rapide!!
Petit matin vers le bout du Golfe avec quelques bateaux de pêche qui démarrent et le courant qui devient plus fort vers l' embouchure.
A Port Navalo, traversée de tout le village et de la côte pour ne pas monter directement dans les bateaux: juste 1-2 km (voire plutôt 2-3km) mais comme j'étais prévenu et que le plaisir d' arriver presque à mi-course devenait intense, cela offrait l' avantage de pouvoir profiter du spectacle de la pleine mer avec la baie de Quiberon avant de repénétrer dans le Golfe.
Moment d' émotion encore et sensation de vivre un moment unique à traverser durant 10 minutes, emmitouflés dans nos gilets de sauvetage + ponchos jaunes, l' extrémité du Golfe dans un soleil encore pas trop chaud, vers 9h du matin, comme je l' espérais dans mes prévisions.

Locmariaquer, mi-course et cela se gate!!!
Le ravitaillement avec le changement possible de vêtements est aussi l' occasion de se rendre compte que la course foulée rasante, voire trainante, n'est pas obligatoirement très recommandée pour les pieds. Une belle ampoule de bord de talon à percer par les podologues dévoués et je me demande si celà ne sera pas ce jour, mon point de faiblesse. Après 70 minutes environ d' arrêt, je repars seul en pensant rapidement retrouver Jean-Yves et Muriel, comme nous avions fait à de nombreuses reprises ces 15 dernières heures.
Mais assez vite, alors que l'on s'éloigne du bord de mer, c' est la lassitude qui prend le dessus et la fréquence cardiaque qui monte même pour de petits efforts. Je décide donc de marcher un peu, de mettre 2-3 airs entrainants sur mon MP3 et de revoir la situation ....un peu plus tard.
Dans ces petits chemins, au milieu des bois et des champs, un autre coureur semble aussi dans le dur ; durant environ 30 minutes, nous nous doublerons de nombreuses fois avant de nous rendre compte qu'il était plus raisonnable de marcher en commun d'un bon pas. Nous resterons ensemble Dominique et moi pendant près de 15 heures.
C' est toujours un moment psychologiquement difficile ou le coureur doit basculer d'une mentalité de coureur à 7-8 km en 1 heure, à la gestion d' un marcheur qui ne parcourera que 3 à 6 km dans le même temps; et quand il reste 70 km , le calcul de la durée d' effort encore à fournir et qui double quasimment nous fragilise encore un peu plus.
Même dans les descentes douces, nous n' arrivions plus ou n' avions plus envie de relancer une petite phase de course. Et la chaleur de fin de matinée même si elle était encore supportable dégradait encore notre motivation.
Vers 14h, nous sommes arrivés à St Goustan, grillés de fatigue. Au ravitaillement, alors que l' appétit était auparavant plutôt féroce, j' étais nauséeux dégouté, les bénévoles semblaient me regarder d'un air bizarre, en se demandant si j' allais encore pouvoir continuer.
1 er moment où l' idée d' abandonner tout, de fuir cette fatigue envahissante, s' installe dans ma tête. Et puis, pas d' endroit pour se reposer au niveau du ravitaillement.
Quelques centaines de mètres plus loin, Dominique accepte de s' arrêter, pour ce qui me tient le plus à coeur depuis déjà plusieurs heures; une sieste allongé sur un banc, un peu à l' ombre juste sous le pont de la 4 voies. Malgré le bruit incessant du trafic au dessus de nos têtes et des promeneurs du samedi après-midi le long de la rivière d' Auray, les yeux se ferment et le cerveau se vide pendant près de 1 heure.

Miracle du repos: quand Dominique me secoue, c' est comme si je repartais de zéro avec batteries presque à plein.
Ces heures de fin d' après-midi, à longer la rivière d' Auray jusqu'au Bono, puis Larmor-Baden sont de nouveau vécues comme une randonnée sympa dans un cadre enchanteur au lieu de la galère des heures précédentes.
Après Larmor-Baden vers 21h, nous, simples piétons, commençons à nous faire doubler par les premiers du 86km.
De nouveau, une 2ème nuit tombe, avec ce sentier côtier qui recommence à zigzaguer au fond des criques et baies qui semblent parfois ne jamais finir et à nouveau le moral s' effondre avec la fatigue qui revient en force. Les kilomètres semblent ne plus défiler sur nos montres; plus que 30km à faire, plus d' inquiétude sur les barrières horaires mais la notion de devoir encore marcher 7-8 heures redevient douloureux à concevoir.
Minuit, ravitaillement du Moustoir, les derniers kilomètres avec enchevêtrement de racines ont eu raison de ma volonté; j' annonce à Dominique, que je préfère m' arrêter pour me reposer, dormir et reprendre dans quelques temps.
Sous ma couverture de survie,malgré le bruit du ravitaillement, je me suis ainsi effondré durant 2h avant qu'un bénévole ne me réveille à ma demande.
A ce moment-là, le poste était plein de coureurs du 86 et du 56 km, pour certains encore remplis d' énergie.
Je n' avais plus envie d' envisager une marche trop longue, alors pour la première fois depuis près de 15 heures, j'ai essayé de me remettre à courir dans la foulée de mes nouveaux partenaires.
Nouveau miracle: comme il y a 2 ans, mes sensations sont revenues avec des jambes bien déliées et le plaisir de courir au milieu d' un sentier souvent escarpé semé d' embuches . Et le compteur des kilomètres s'est remis à défiler plus rapidement sans aucune douleur résiduelle.
L' ivresse d'une arrivée qui se rapprochait, m' a permis de prendre avec philosophie le moment ou à la pointe de Moréac, on peut presque toucher à quelques dizaines de mètres, les frontales des coureurs faisant déjà le tour de la presqu'ile de Conleau; mais 10 kilomètres de montées-descentes nous attendent avant d' en arriver là!!

Les derniers kilomètres autour de Conleau seront de nouveau fait en marchant; non pas qu'un nouveau coup de pompe soit arrivé, mais plutôt l' envie viscérale de ne pas faire finir trop tôt ces moments extraordinaires du petit matin quant l' on sait que l' arrivée est pour bientôt, telle la difficulté de cloturer le dernier chapitre d'un livre que l'on a adoré.
La dernière longue ligne droite du Port de Vannes est l' occasion de redémarrer en petites foulées puis de plus en plus vite, à une allure oubliée depuis déjà longtemps et enfin de finir les dernières centaines de mètres dans un sprint effréné secoué de sanglots de bonheur.

Voilà , désolé pour la longueur de mon récit, mais 35h 30 de joies et de difficultés (dont 7h de pauses alimentaires et ensommeillées) ont du mal à être résumées en peu de mots.

Mais le plus extraordinaire pour moi, reste la possibilité insoupçonnée dans notre vie quotidienne de rebondir alors que tout semble être devenu un enfer!!!

Il est 12h, après une douche et une nouvelle sieste, je reprend la route alors que les derniers coureurs du 178km se battent encore pour atteindre la ligne d' arrivée et que le thermomètre affiche déjà 30°.

J'aime trop démarrer comme une Tortue et finir tel un Lièvre

 

Le 29 June 2012

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