L'Ultra Marin çà nous gagne!

Récit du 87km  2015

Ils s’étaient élancés l’an dernier sur cet ultra et moi je les avais tous regardés partir sous la pluie, avec cette envie de crier « Atteeeeeendez-moi, j’arriiive! ». L'orsqu’il avait franchi la ligne d’arrivée à Vannes, usé, vanné, démonté, une fierté immense (encore plus immense qu’à l’accoutumée) avait envahi tout mon être (1m60 de haut en bas, de bas en haut, jusqu’au bout de mes orteils de pieds de Hobbit). -

Le Doudou devenait ultratraileur et par la même occasion nourrissait mes rêves les plus fous de le devenir à mon tour un de ces jours. Je lui en faisais part et laissais cette idée folle au fond d’un tiroir, là-haut dans la tour de contrôle. Au quotidien il me faisait voyager en me narrant sa course… Son épopée. Il laissait le tiroir entrouvert…

Quand les inscriptions 2015 se sont ouvertes, c’est tout naturellement qu’il m’a proposé de courir à mes côtés tout au long du Raid Golfe du Morbihan (donc de ne pas améliorer son temps de 2014). J’ai accepté, comment résister à une telle demande? Et d’un autre côté, v’là la pression dès le début!

Ma préparation aura duré environ un an, entre l’entraînement pur et les autres challenges qui rythmaient cette grande odyssée vers la longue distance… Nous aurons donc participé au Trail Extrême lillois, 45K, enchaîné avec diverses courses sur route et surtout quelques beaux trails (j’ai encore celui du Cap Sizun en tête), j’aurai eu enfin l’occasion de devenir marathonienne fin mai au Luxembourg…

Le mois de juin fut assez fatiguant professionnellement, je ne pensais pas non plus subir les retombées « psymarathoniennes » (comme si je devenais bonne à rien, une ruine antique pendant environ une quinzaine: pratique hein quand tu sais que tu vas te tamponner plus du double la quinzaine suivante!), peu de sorties longues (limitées à 1h30 ou 2h), l’essentiel des séances s’est limité à dégourdir les pattes et entretenir les muscles (carrément zappé Fysiki, j’ai axé sur des exos perso en mixant gainage, abdos, pilates et yoga).

Le stress s’est accumulé.

Action-réaction, allez hop: en plus de la spiruline, j’entame une cure de magnésium marin (au caca de baleine?) et sélénium en oligos-élément, je tente aussi de relativiser l’événement mais à une semaine de partir pour la Bretagne, lors d’un footing sur les chemins environnants, le Doudou Coach m’enguirlande à juste titre: « Franchement, si t’es comme ça, pas la peine qu’on y aille! ».

Çà avait le mérite d’être clair, j’étais en pleine déconne, en plein flip.

Consciente du sacrifice qu’il s’apprête à faire en m’accompagnant, au détriment de ses capacités, je culpabilise en plus du reste.

Électrochoc.

Croire qu’il est facile d’avouer et de s’avouer qu’on appréhende une épreuve sportive qui a la vocation de rendre heureux, c’est pure démence. La course à pied c’est comme l’état amoureux décrit par la pulpeuse (et très morte) Louise Labé (merci Lili d’avoir révisé ce poème à voie haute, avec humour, durant quelques semaines! Les cours de français servent à toute la famille!). Louise, t’as pas pris une ride!

« Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur. »

Cette condition bizarre entre deux-eaux et no man’s land me hantera dès lors jusqu’à la veille de l’Ultra et ne m’a pas encore tout à fait quittée…

Remballe les violons la Madelon, entrons directement  dans le vif du sujet, je n’ai TOUJOURS pas d’actions chez Kleenex et donc dans l’incapacité de livrer en Chronopost des paquets de mouchoirs!

Jeudi 25 juin, nous arrivons en fin d’après-midi à Vannes, où nous récupérons nos dossards près du Port (lorsque la bénévole te passe autour du poignet ton bracelet estampillé Ultra Marin, ça fait quelque chose!), si vous ne connaissez pas cette ville bretonne, elle vaut le détour. Son centre historique est un pur joyau! Je porterai le dossard 2222, j’en suis raide-dingue de ce numéro, je le sens de bonne augure cet ultra!

Les enfants resteront chez ma petite sœur Laure à une quarantaine de kilomètres d’ici. Petits bisous et encouragements, nous filons vers notre hôtel.

Les ravitaillements sont prévus, tous les 20 kilomètres environ. Nous avons prévu réfléchi nos sacs, notre équipement, l’hydratation et la nourriture en conséquence. Fort de son expérience de l’an dernier, le Doudou une fois de plus est de bon conseil.

.......Côté équipement, que des fringues dans lesquelles nous nous sentons bien et surtout qui ne nous blesseront pas ou limiteront les risques de brûlures, irritations et autres désagréments. Grosse hésitation en ce qui concerne les shoes: Pascal opte pour les Merrell Bare Access Trail et je décide (au dernier moment) de porter une dernière fois mes New-Balance WT10V2, usées quasi jusqu’à la corde (si le blog n’avait pas buggé il y a quelques mois, tu aurais pu lire un super topo sur cette paire de baskets couillue, une de mes meilleures paires!). Mes Chaussettes Bepure câlineront mes orteils, que demander de plus?

Vendredi 26 juin, réveillés de bon matin, après les derniers préparatifs (on est beaux comme des camions!), après un copieux petit-déjeuner, il est temps de prendre la navette direction le Port du Crouesty.

C’est comme la rentrée des classes, tout le monde attend le bus avec son petit sac à dos.

Le soleil brille déjà trop fort. La température grimpe vite. Ce paramètre, je l’avoue est avec la distance toute nouvelle une des principales préoccupations préoccupantes qui pourrait nuire au bon déroulement de la course.

La rencontre sera furtive, mais ça y est, on a enfin rencontré Damien, notre Runnerlife35 national breton préféré!

Peu avant midi, nous nous installons sur la ligne de départ, je ne peux pas dire que j’ai peur. Il n’est plus temps.

Désormais d’ici quelques instants et pour de nombreuses heures, arriver au Port de Vannes sera mon seul objectif.

Soutenue par mon Doudou Coach. Pour le meilleur et pour le pire…

Cornemuse, météo plus qu’estivale, ambiance qui te remue les tripes, c’est sur le célèbre morceau de Kavinski que débute la onzième édition du Raid Golfe du Morbihan.

Énormes pensées pour Gwendoline et Nat qui ne pourront malheureusement pas participer cette année: En 2016, les filles vous allez déchirer les galets, cramer les pinèdes, décalotter les bigorneaux!

Et Bim ma Gueule, ça hérisse tous les poils, heureusement j’étais bien épilée, sinon gare à la résistance au vent!

Bref, en résumé, grosse émotion, soleil, calor et… La big aventure!

L’Ultra Marin c’est 80% de sentiers et 20% de routes. Parcours idyllique, ralentissements dans les escaliers, chemins et paysages marins, villages typiques, petits ports, bateaux, faune, flore, odeurs. Je me nourris de tout.

Malgré la casquette Kalenji vissée sur le cabochon (t’as l’air d’un champion avec ça!), les lunettes et les fringues légères, la chaleur est terrible. Régulièrement je dois faire quelques pas et Pascal s’inquiète. Inévitablement, ça clashe ponctuellement.. Pour le meilleur et pour le pire.

Quelques kilomètres avant le premier ravito, je me prends une bûche mémorable (fallait faire honneur à ma réputation de Grafougnette), à plat ventre, souffle coupé, genou bien écorché, avant-bras bleus, je continue avec la douleur…

Le paysan breton (pas celui du beurre, et nan c’est pas le mari de la Mère Loïk) sépare ses lopins de terre par des monticules constitués de murets de pierre, recouverts de terre, parfois plantés ou pas. Ce muret-là, très bas traversait le chemin que nous empruntions en formant une légère bosse… Bien visible.

Gros comme le pif au milieu de la figure. Et Bim ma gueule, t’apprends à voler tel le Concorde (quand on connaît comment il a terminé, ça laisse songeur)!

Racines, sable, cailloux, poussière… On n’a jamais dit que ça serait simple, on n’est pas viendus pour enfiler des perlouses et en faire des colliers!

Ça commence bien! Ce n’est qu’un casse-gueule parmi tant d’autres, mais il a le don de me titiller le moral sans trop l’entamer fort heureusement.

Le ravito c’est l’oasis au milieu du désert! Quel bonheur! On lit sur tous les visages en sueur le soulagement de trouver ici un peu de fraîcheur.

D’un commun accord, nous avons décidé de ne pas nous éterniser, il en sera ainsi à chaque point de ravitaillement: au fur et à mesure de la course, plus on reste inactif, plus il est difficile de repartir derrière: la douleur, les courbatures s’installent.

Régulièrement nous pausons (c’est-à-dire que nous marchons quelques minutes), la température est à son paroxysme, nous en sommes en plein dans les heures les plus chaudes!

Cette odeur de pins! Un régal!

Mon système digestif commence à me jouer des tours. Dur de s’alimenter. La boisson à la banane me dégoûte (ça me rappelle les antibios quand j’étais petite!), mal de bide. Bim ma gueule, au royaume de l’andouille et du far au pruneau, c’est un comble!

Le Doudou Coach picore des fraises séchées…

Au gymnase de Sarzeau, pause un peu plus longue, réajustement des poches à eau, on se sustente, je lave mes bobos (le sang caillé qui dégouline sur le booster ça le fait moyen!)

Ô saint-Chiotte priez pour nous, soyez béni et fourni en PQ!

Bref, les aléas intestinaux s’installent…

Des paysages de cartes postales défilent, tour à tour au bord de la mer, dans les marais, en sous-bois, en prairie, un enchantement.

Éprouvant physiquement, moralement, mais l’envie d’aller au bout est là, bien présente. Un hyper dépassement de soi.

Chaque kilomètre parcouru est une victoire. La ténacité prend tout son sens.

Pascal a une patience d’ange, y a des moments, je ne me supporterais pas!

Température au taquet, on étouffe, la bruine s’invite sur le parcours.

Moiteur, crampes abdominales et… Moustiques! Subitement, la douleur s’intensifie, je n’ai pas d’autres moyen que de sauter le talus, de m’enfoncer dans la végétation et de laisser faire la nature. J’en chiale silencieusement de douleur et de honte. Réalisant que je n’ai pas de Saint-PQ, je dois me résoudre à utiliser des feuilles de fougère! Il pleut, je me fais bouffer par les mosquitos et je dois gérer la fougère à ma manière.

À la guerre comme à la guerre! Une belle façon naturopathe de se torcher… Ahhhh, tu voulais des anecdotes croustillantes, celle-ci restera dans les anales annales! Il faut bien nourrir les mouches, les limaces et les scarabées bousiers! #GlamourToujours

L’ultra c’est pas fait pour les Bisounours!

Ouais, mais les Bisounours ils ont de la fourrure…

Notre périple continue. Au soixantième kilomètre environ, la nuit s’installe peu à peu, il est temps de sortir les frontales si on veut y voir quelque chose!

La fatigue et les courbatures font désormais partie de notre équipement.

Des nuées d’insectes sont attirées par le rai de lumière puissant des frontales.

Des groupes de lucioles courbatues chaussées de baskets évoluent sur les sentiers au milieu de la nature, le long de la côte, sur le bord de la route. Parfois on distingue la silhouette d’un concurrent dans le halo lumineux, allongé à même le sol sur l’herbe ou sur un banc, le temps de récupérer.

Si je m’arrête, je ne repartirai pas… Alors on continue, parce que c’est la meilleure solution.

Je chougne par intermittence, exténuée, terrassée. C’est bizarre, quelque part ça me motive.

Chaque kilomètre parcouru est une victoire, chaque kilomètre est une douleur lancinante.

Je manque d’écrabouiller un énorme crapaud, beurk!

Courir de nuit c’est vraiment spécial.

Et puis je ne peux plus trottiner, marcher est une torture. Plusieurs fois, encouragée par Pascal, je tente de relancer, sans résultat. Je chiale plusieurs fois AUSSI  (je ne sais même pas pourquoi) durant les vingts derniers plus longs kilomètres de mon existence.

Lâcher maintenant serait une hérésie.

Péniblement les lumières et les bruits de la ville de Vannes se rapprochent. À moins d’un kilomètre du finish, les nerfs craquent: jamais je n’y arriverai (et cette voix à l’intérieur qui te hurle que si!).

Moins de 500 mètres, je pleure à chaude larmes, tout en avançant. Elle est si proche et si éloignée à la fois cette délivrance!

Je ne sais où je puise les dernières onces de force dans la dernière ligne droite sur l’Esplanade du Port. Je me remets à courir, félicitée par le Doudou qui m’a soutenue et remuée jusque-là.

Nous passons la ligne d’arrivée main dans la main.

Émotion paroxystique incontrôlable.

Bordel, je ne sais plus dans quel état j’erre.

Les frontales encore allumées (comme pas mal d’autres finishers), la tronche en plein phare, nous nous dirigeons vers l’ultime ravito, le meilleur tous!

Je ris avec les larmes qui pètent à chaque instant. Je suis aux anges, sur un nuage, j’aime tout le monde, j’aime encore plus cette Bretagne qui m’a fait excréter par tous les orifices tous les fluides biologiques de mon corps meurtri. #GlamourToujours

Plutôt 89 que 87K, ce Raid Golfe du Morbihan est une expérience harassante, enrichissante et magique, hors du temps, entre terre et mer, magnifique…. Pour le meilleur et pour le pire, comme un mariage, à l’image du sonnet de la Louise, « Je vis, je meurs... ».

Comme le dit Pascal, « ma Grafougnette est ultratraileuse », ça y est!

Nous terminons 536ème/663 en 14h29,

Et Bim ma gueule! 2 points pour l’UTMB! Ah oui!!! (et sinon t’as queuté le point du Trail des Passerelles de Monteynard!).

Mais non!

Run Have Fun Etc. vas au bout de tes rêves!

Laurence, reine de la fougère multi-fonction, traileuse à ses heures perdues.

 

Le 03 February 2016

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