L'ultra trail du Morbihan 2012, 177km et 1042m D+, 22-24 juin 2012

Et me voici de retour d'une belle escapade en terre bretonne, infidélité indéniable aux parcours alpins et massif centraux, comme un appel vers le grand ouest et ses limites ultra marines! La distance, le profil, la beauté promise du site, tout semblait justifier ce choix, si ce n'était les aléas de la météo, et ce fut en tout et sans conteste un choix de roi!

Réglons le compte du climat, il y eut aux dires des locaux, comme un moment de grâce offert aux traileurs (et aux organisateurs) avec deux journées lumineuses, juste fraiches à souhait, à peine ventées pour sécher les fronts en sueurs, coincées entre deux dépressions dont la Bretagne a le secret.

Maintenant, plutôt qu'un compte-rendu un peu fastidieux réglé sur la chronologie, allons-y pour quelques impressions glanées de ci de là, les narines au vent et le regard en perpétuel errance sur ces vastes espaces offerts par ce golfe magique.

Dès la sortie du port de Vannes, c'est évidemment le délicat fumet du varech fraichement agité par la marée montante qui me ravit comme l'on hume une bourriche d'huîtres (on sent bien là une émotion de lyonnais en manque de mollusques et de ballades océanes). Puis vint immédiatement cet incroyable jeu des lumières du soir (départ à 19h, donc une somptueuse fin de jour, étirée jusqu'à 23h bien comptées) miroitant sur le lac tourmenté du golfe, les flaques oubliées par la marée, les nues mordorées, bref tout ce qui inspira en d'autres temps l'école de Pont-Aven et d'autres grands amateurs des marines impressionnantes (-istes). Ce jeu ne cessera que le temps d'une courte nuit, pour reprendre de plus belle au petit matin blême lorsque les iles toutes proches émergent de l'encre fraiche oubliée par les poulpes en maraude (image improbable, mais qui me vient sous la plume).

Puis le cheminement, élément tout de même capital pour évaluer la qualité d'un ultra. En très grande partie, le chemin, dit du littoral, coincé entre le golfe et des terres protégées et souvent privées; âpre lutte foncière entre le passage public et de somptueuses propriétés privées, manoirs de granit sombre aux lignes épurées, souvent au contact direct des clapotis marins. Il en résulte de nombreux passages si étroits qu'une démarche à l'égyptienne s'impose. Puis vinrent très vite aussi de vastes zones de pins maritimes aux lignes pures de bois noir sur fond d'azur et d'ocre des terres pauvres, des cyprès antiques, énormes et tordus par les vents, monstres ventrus aux allures inquiétantes, propices aux hallucinations de la deuxième nuit, d'autant que parfois sculptés volontairement par les artistes du coin. Puis s'enchainèrent les traversées des villages chaulés et proprets, où le blanc vibrant des murets contraste avec le gris minéral des toits ardoisés. Un mot pour la marée (le flux et reflux me font marrer disait R. Devos): ce rythme immuable de remplissage/vidange de l'énorme baignoire offre la vision des courants puissants qui accompagnent chaque cycle en sens alterné et surtout le renouvèlement constant du paysage, de la riviera méditerranéenne à marée haute aux vastes et vaseux marais bretons ou s'engraissent paisiblement nos huitres du réveillon à marée basse.

Mais revenons à nos baskets.

Donc, départ euphorique le vendredi 22 juin à 19h précises à plus de 600 coureurs, avec quelques échanges mi-réalistes mi-inquiets des "anciens" du trail "et dire que seulement un sur deux des partants arrivera à bon port (de Vannes)!". Et les belles découvertes évoquées ci-dessus nous faisaient apprécier d'autant notre chance d'être là, à trotter avec les mollets encore pleins d'appétence (presque du 8 à l'heure dans les deux premières heures). Puis vint la nuit, son petit cérémonial d'installation de frontale, petite laine au cas où, on vérifie que les barres énergétiques sont bien en place, réserve d'eau bien clapotante, et nous sommes prêts pour environ 6h d'obscurité (plus, chance de la météo, cette obscure clarté qui tombe des étoiles). Tout de même, un trail est un trail et les orages violents des jours derniers ont laissé leur lot de cloaques maxima et traversées de prairies inondées. Nos baskets gorgées d'eau saumâtre et boueuse auront le temps de sécher pour se retremper beaucoup plus tard dans des passages obligés à marée haute dans l'eau fraiche et bien iodée des plages envahies (un cadeau des organisateurs zélés pour rafraichir nos petons malmenés et pour certains ampoulés et déjà soignés aux 4 grandes étapes de la course).

Dénivelé: 1000D+. Je n'y croyais pas en lisant cette info sur le site de l'épreuve: je vous garantis qu'ils y sont bien tapés, sous forme d'une multitude d'escaliers, pour monter/descendre du chemin de douanier à la plage et réciproquement, puis l'escalade de toutes les rares collinettes des parties les plus terriennes du parcours, puis une infinie variation de bosselettes du chemin, mini montagnes russes qui cumulées font que ce tour ultra-marin n'a rien de plat ni de paisible, racines en tout genre, chicanes, bref de l'authentique bourlingue, qui n'a pas à rougir devant les parcours alpins (enfin, c'est quand même globalement plus plat).

En vrac aussi, le dépassement par les premiers coureurs du 56km (dont Erik Clavery et Romuald Depaepe) et du 87 km, extra terrestres bondissants et véloces, sans doute moins enclins à muser sur ce parcours enchanté que les ultra traileurs romantiques aux allures modestes. Aussi un grand moment que fut la traversée de la bonde du golfe, de Port Navalo à Locmariaquer, en zodiac (12 par 12 coureurs, environ 15 min, en temps décompté).

Ravitos standards (sucrés-salés) bien achalandés, arrosés à loisir au coca breizh (parait-il recette bretonne originale!!), pates et purées faites maison, ce qui ne gâte rien quand le gosier commence à saturer de ces ingestions énergisantes en tout genre.

A noter surtout le sans faute de l'organisation pour toute la logistique, orientation, barrières horaires confortables (enfin des gens bien!). Et évidemment l'accueil particulièrement chaleureux des spectateurs, presque à toutes heures des jours et des nuits de cette belle fête du trail!

Sinon, en ce qui concerne ma petite personne, la forme pétaradante du début s'est progressivement calmée avec la nuit et les kilomètres, puis une grosse période de doute m'a assailli le samedi vers 3h du mat, avec frissons et douleurs de tous les cotés. Un doliprane 1000 et c'était reparti pour une assez bonne fin de course (selon mes critères personnels, bien sur), qui m'a conduit au petit trot et en marche rapide jusqu'à l'arche de départ/arrivée, le dimanche vers les 2h30 du mat et permis de faire partie des 340 "terminants" (finishers en Grand Breton!), ravi de ce bon tour, joué à la bretonne et placé comme un petit bijou dans mon escarcelle à trésors.

Je recommande donc hautement ce tour (ou ses variations plus courtes) pour tous les traileurs de France et de Navarre en mal d'exotisme à bon compte!

La carte du parcours qui en dit long sur cette découpe quasi fractale de ce golfe, classé à juste titre "l'un des plus beaux du monde" est sur le site, très bien fait par ailleurs, également pour photos, résultats etc.

MIRODATOS Claude 178ème, 12èmeV3H en 31:48:15   617 partants, 340 classés

Club "La Foulée Muroise", aux portes de Lyon.

 

Le 09 juillet 2012

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